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J’ai lu un livre.

How to think like Leonardo Da Vinci

Michael J. Gelb

Il décortique le processus de création du grand maestro, et te propose des exercices pour travailler les différents points de la théorie. J’ai été agréablement surprise de me retrouver dans la moitié des processus de pensées qui lui sont attribués. Bon… d’accord… disons un quart… J’ai 1/4 Leo, il me manque les 3/4 Nardo Da Vinci !

Non ! Pas ce Leonardo-là !!!

Un des exercices sensés développer ta Curiosità, est de choisir un thème et de l’observer tout au long de la journée, de noter tout ce qu’il y a en rapport avec ce sujet. Il propose de se focaliser sur ces topics pour commencer : Emotions, Seeing, Listening, Touch, Aesthetics, and Animals. J’ai choisi Aesthetics. Voici le résultat de ma journée.

5:00 – Réveil. Argh.

5:30 – Réunion visio. Ma journée commence par profiter de la beauté des gens qui grandissent, celle des pleurs qui délivrent, des visages qui se décrispent, et des sourires de se sentir sur la bonne voie.

12:30 – Après 4 heures de réunion (c’était du sérieux cette semaine), la sieste du matin histoire de finir ma nuit, mon yoga et une douche, j’ai faim. Le ciel est magnifiquement bleu et je ressens la chaleur du soleil sur mon corps me dirigeant vers le centre de Coyoacán. Je traverse le marché de la Calle Antigua Taxqueña qui a lieu tous les mardis. (Nous sommes donc mardi. Tu suis ?) C’est une explosion de couleurs et d’odeurs délicieuses. J’ai remarqué bien des fois combien les exposants mexicains prennent grand soin dans l’agencement de leurs produits. Stratégie marketing qui tue ! J’veux tous les fruits de tous les stands !

Continuant ma route, je décide de décerner à l’unanimité le label « Ville Verte » à la Ciudad de México. Yup! Chuis comme ça moi ! La nature est partout. Les balcons fleuris, les innombrables parcs, l’omniprésence des arbres qui prennent toute la place sur les trottoirs, les fleurs lianes qui s’approprient les murs et les toits, un bougainvillier rouge, des plantes et des fleurs qui embellissent chaque parcelle de libre et t’initient à l’art du slalom. Bref, c’est bôôô !

Et les petites rues pavées de mon quartier, on en parle ? Coyoacán (là où il y a des coyotes) a vu l’installation des premiers colons espagnols, avant qu’ils ne se déplacent plus au nord, au centre actuel de la ville. On y retrouve cette ambiance vielle ville européenne, avec les grandes maisons bourgeoises et les rues étroites pavées. It’s so fucking cute I could cry!!! Je n’y suis pas passée ce jour-là, mais la Calle Francisco Sosa est exemplaire de choupignonerie !

12:54 – Tiens ! Un cœur sur un arbre ! En face, une peinture murale. México en regorge. C’est un musée à ciel ouvert. Un sculpteur, perché sur son échafaudage, est en train de construire sa nouvelle œuvre sur le Zocalo. Et les couleurs ! Ce bleu électrique et la brique ! Les mexicains ont l’art de mixer les couleurs dans leurs gênes, c’est sûr. C’est quelque chose que l’on retrouve dans toute la Caraïbe mais ici, c’est différent. Pas le même style, pas la même approche. Un p’tit truc en plus que je n’arrive pas à décrire.

Je faisais remarquer à Gaby, la personne chez qui je vis en ce moment, combien j’étais agréablement surprise de voir autant de couples se bécoter ouvertement dans la rue. Se bécoter n’est pas le bon mot, je devrais plutôt dire se bouffer la bouche, genre préliminaires. Elle me disait que les manifestations amoureuses à la maison sont très très très malvenues, alors les jeunes, et les moins jeunes, s’approprient l’espace public pour manifester leur émoi. Les grands coquinous !

13:20 – Aujourd’hui, ce sera japonais. Il y a ce restaurant à côté de mon spot café/wifi préféré que j’ai envie de tester. C’est super fancy ! La décoration est impeccable, esprit japonais moderne qui te transperce de simplicité et de bon goût. Les restaurants mexicains ont un truc super pratique, une sorte de mini porte-manteau, qui est en fait un porte-sac. Comment te dire l’absolue praticité du bitin ?! Beauté de l’intention et du service. Et de l’objet. Et de la vaisselle, céramique faite main délicieusement imparfaite. Et les plats. Enchantée.

Les mexicains sont des esthètes, aucun doute là-dessus. Cela se sent dans chaque détail. Et ils sont férus de détails. À chaque fois très colorés et motifés (voui, motifés, tu vois très bien ce que je veux dire) (c’est ma créativité qui s’exprime) (mais je t’en parle plus bas). Des matières et des textures, des patchworks et des contrastes, des formes et des rythmes. Cela s’exprime dans des frises peintes, des petits azuléjos dispatchés par surprise, des ferronneries travaillées, des couleurs bien balancées, une plante posée ici, une petite statue agencée là, toussa toussa. C’est un feu d’artifices pour peu que tu ouvres les yeux et que tu sois attentif.

15:16 – Café con leche. D’adorables petites fleurs jaunes dans leur petite bouteille design. Un cœur au lait dans mon café. Le parterre géométrique, la patine des tables et des miroirs, l’agencement des mugs, l’assiette décorée. Les détails, encore les détails. Je crois que cette passion me vient de quand j’étais petite et myope comme une taupe, avant les lunettes. Mon univers clair et net s’arrêtait à 10cm de mon nez. Le reste du monde était flou. Alors je pense que j’ai appris à apprécier les petites choses qu’on voit de près.

Mon iPad n’est jamais bien loin de mon café con leche. Oui, cela fait partie des belles choses. L’esthétique technologique. La beauté internétique (mais heu ! J’invente des mots si je veux ! C’est MON blog !). Je suis une utilisatrice de l’iPad convaincue. Croyante et pratiquante. Toujours dans mon sac, prêt à bondir au moindre wifi. Woosh woosh ! Je dégaine plus vite que… que le barista qui fait mon latte.

16:32 – Promenade de retour. Les jeux d’ombre et de lumière. Les enseignes et les logos. Les différents styles de resto : traditionnel, façon diner américain, industriel, ou green/naturel. Tout y passe. Ma pastelería est du genre classique. Tu as déjà visité une pastelería mexicaine ? Boudiou ! Comment tu vas en prendre plein les yeux ! Muni.e d’un plateau et d’une pince, tu te promènes dans les allées débordantes de gâteaux et de biscuits à n’en plus savoir où donner de la tête, et du ventre… et puis c’est super bon !!! En ce moment, j’ai des envies de crème pâtissière. Par contre, pour le vegan, on repassera. Ils va falloir qu’ils s’inspirent de Ladurée et de la fantastique Julie.

Baluchon plein de douceurs sous le bras, je passe devant le Museo Nacional de Culturas Populares et son magnifique mur commémoratif de chépukel événement et foisonnant d’art mexicain. Couleurs et motifs, et symboliques hermétiques dues à mon inculturation locale.

Je déambule dans mon quartier. L’éclectisme des styles architecturaux fait voyager d’époque en époque, maison après maison. Mes yeux et ma tête, bien que commençant à fatiguer, restent reconnaissants des délices visuels qui leur sont proposés. Aesthetics power!

17:11 – Gaby travaille dans le patio qu’elle a parsemé de plantes vertes qui dégoulinent dans tous les sens. Chez elle aussi, les détails sont partout. Mon minimalisme est déconcerté mais les petites attentions dans tout l’appartement attendrissent. Souvenirs de moments et de lieux, certainement.

Rentrée juste à temps avant l’orage, j’écoute la pluie sur les vitres. Le tonnerre fait entendre sa menace. M’en fous. Je suis bien à l’abri, l’esprit rempli et nourri.


Pas besoin d’être à México pour se sentir rempli.e et nourri.e. Chaque lieu propose sa propre esthétique, ses petits inattendus parsemés, ses beautés subtiles et fraîches. Il suffit de vouloir les voir, d’y être attentif.

Essaye. Juste une journée. Essaye.

Le lendemain

Je sors du Museo Nacional de Culturas Populares (oui, celui au mur hermétique) (tu suis ?), et j’ai réussi à mettre en mots des sentiments depuis si longtemps confus. Je vais parler d’art, dans le sens de création visuelle par un humain. J’ai souvent cette sensation en regardant des œuvres qu’elles sont créées dans une sorte d’urgence, d’impératif, par l’artiste. Ça DOIT sortir ! Un besoin irrépressible d’exprimer sa vision, de la manifester sur le papier ou dans la matière. Il ne peut en être autrement. Je n’ai pas ces pulsions d’expressions. Ou peut-être que si avec les mots. Mais cela reste des idées, des concepts, cela ne se manifeste pas dans la matière, dans le “concret”. Et cela me complexe. J’ai le complexe de l’artiste.

Quand je ressens quelque chose, je n’ai “que” des mots. Quand je vois quelque chose, je ne vois rien d’autre que ce qui est, la surface, je ne vois pas comment l’interpréter, le représenter avec mes propres sensations. J’ai l’impression que mon regard est plat, bassement scientifique et physiologique. Ma rétine perçoit les formes et les couleurs et les lumières, et mon cerveau les prend telles quelles, le salaud. Il n’y met aucune fantaisie, aucune interprétation. Cela me frustre.

Quand je regarde les belles choses que je viens de te décrire, je ne fais que les recevoir. Certes, j’y prends grand plaisir, mais c’est une activité totalement passive. J’ai beau essayer, je ne vois pas comment je pourrais les interpréter en dessin. Je ne vois pas quelles couleurs je pourrais leur attribuer. Je ne vois pas quelle forme faire ressortir. Cela ne m’inspire pas de musique non plus… Seulement la platitude de mon regard, que j’essaie maladroitement de capturer avec l’iPhone, et quelques mots.

Bordel que cela me frustre de n’être pas capable d’exprimer les émotions qui m’attrapent par ma propre interprétation de ce que je vois ! Tu me diras, les écrire, c’est déjà créer. Partager mes sentiments comme maintenant, c’est transmettre mon point de vue sur les choses. Inventer des mots à la con. Mouais. C’est pô pareil. J’ai le complexe de l’artiste, de celui qui crée visuellement du beau, des émotions. J’ai l’impression d’être vide.

Un jour, peut-être…

Alors je m’astreint à suivre les exercices du livre sur Leonardo, espérant peut-être débloquer quelque chose. Sceptique…

Cet exercice-ci était bien !

Et toi, tu as des complexes existentiels ? Tu rêves d’être ce que tu n’es pas ?

Tu travailles dessus ?

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