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C’est dimanche. Vendredi a eu lieu l’atelier organisé par Céline de la Celinatheque, avec Lille de Intimatopia comme guide. Un atelier sur « oser être un artiste ». Tout un programme.

Je t’ai déjà parlé de mes complexes artistiques, et ça fait des décennies que je me les trimballe. Et j’en ai ras le cul. D’ici la fin de l’année, je suis une artiste. Point.


Voilà voilà.

Point.

Le néant. Le vide intersidéral.

Tout d’abord, définissons ce que veut dire artiste pour moi. Je me considérerais comme une artiste lorsque je serais capable de faire des carnets de voyages avec des dessins et de la couleur., lorsque je pourrais raconter ma vie à la Samantha Dion Baker. Ou Frannerd !!! J’adore Fran, c’est trop ma copine !

Et puis le vide.

Je dessine quoi ? Comment ?

Toute petite déjà. Mes parents étaient tabac-journaux-presse, alors j’avais à ma disposition les magazines enfants-jeunesse. J’aimais biens ceux avec des activités ludiques comme les labyrinthes, les points à relier, les charades, les coloriages par numéro, toussa toussa. Au milieu de tous ces moments passionnants étaient parsemées des pages blanches, genre « à toi de dessiner ». Je n’en ai jamais utilisé aucune. Le vide.

Je dessine quoi ? Comment ?

À l’école, ils apprenaient à faire des bonhommes en bâton et des maisons en forme de carré avec un triangle dessus. Nan mais vas-y prends-moi pour une imbécile !!! Ça ressemble pas à ça un être humain ou une habitation ! Tu peux être certain que mes parents n’ont eu leur frigo encombré de dessins d’enfant.

Art.

Ma psy me disait d’ailleurs que le dessin est la méthode privilégiée des enfants pour s’exprimer. Et les cris aussi. Donner de la voix. Mais moi, je ne m’exprimais pas. Ni ne criais. Une petite fille bien tranquille dans son coin, qui ne dérange pas. Invisible. Transparente. Tellement transparente que je ne me souviens même pas que mes parents m’aient jamais fait un câlin.  Ils te rétorqueraient certainement que je n’étais pas demandeuse. Une enfant. Demander de l’attention.

Le vide.

Une fois, ma mère m’a avoué qu’ils se faisaient beaucoup de soucis pour moi et mon avenir, le soir, dans leur lit. Avant de s’endormir et de recommencer le lendemain. Ça me fait une belle jambe une fois adulte de savoir que je perturbais de quelques minutes à l’occasion leur départ de sommeil. Une autre fois, ma mère m’a rappelé qu’ils étaient venus me parler, un jour. Peut-être même deux. Je devais être au lycée. Mais que franchement j’y avais pas mis du mien et qu’il était impossible de parler avec moi… Une ado, de la mauvaise volonté, invisible depuis toujours. Transparente.

Le vide.

Pour te dire combien ils n’en avaient rien à foutre de moi. Je ne t’en ai encore jamais parlé de ça tellement j’ai honte. J’ai porté des couches pour dormir la nuit jusqu’en CM1/CM2, c’est-à-dire 9 ou 10 ans, ché plus. Mais je me souviens que pour aller en classe, je passais devant la boulangerie, et un jour je me suis aperçue que je portais une couche, que j’avais machinalement mise un matin, va savoir… Pourtant je ne faisais plus pipi au lit depuis une éternité. Je me levais même la nuit pour aller aux toilettes ! Ça tombait bien, ils venaient de sortir les couches avec fermeture repositionnable. J’ai honte. Ma sœur, 3 ans de moins que moi, n’en portait plus depuis belle lurette. Mais elle avait demandé, elle. Une enfant. Demander des soins et de l’attention. Invisible. Transparente.

Le vide.

Oui, tout cela a à voir avec mon complexe de l’artiste. L’expression, pardi ! Certes, l’Asperger ne facilite pas les choses, mais mon environnement non plus. Ça a tendance à énerver un peu ma psy (même si elle fait beaucoup d’efforts pour le dissimuler) quand je lui dis que c’est de ma faute, que j’en prends la responsabilité, que je n’avais qu’à demander et faire. Après tout, ma sœur et mes cousines et tout y arrivaient bien, elles. Sauf que ne pas répondre aux besoins physiques et émotionnels d’un enfant, c’est de la maltraitance, qu’elle dit, ma psy. Ne pas manifester de l’amour et de l’attention à un enfant, c’est de la maltraitance.

Une étude a mal tourné comme ça. Un « scientifique » voulait découvrir le langage inné de l’humain, et donc de l’enfant. Il a pris des nouveaux nés et leur a prodigué tous les soins nécessaires, sauf le contact avec des grandes personnes pour ne pas les influencer, si ce n’est la manipulation de base pour les nourrir et les nettoyer. Tous les bébés sont morts. Tous. Pas d’attention, pas de lien = mort. Je pense que l’Asperger m’a sauvée de cette mort, même si le mécanisme reste encore flou pour moi.

Tu le vois maintenant l’enjeu d’oser être un artiste ??? Il vient de loin, n’est-ce pas.

Ce n’est même pas une question de peur et de con de trottoir. C’est une histoire de vide, de transparence. d’inexistence. Me donner le droit d’exister, de m’exprimer, d’avoir une place dans ce monde, au milieu de ces humains. Après tout, ma mère ne voulait pas d’enfant, mais bon, c’est bien comme ça qu’on fait, non ?! Comment exister quand on ne devrait pas être en vie. Comment s’exprimer quand ma survie dépendait de mon silence, de ne pas déranger. Être transparente.

Le vide.

Une Virginie perdue dans l’espace-pace-pace, flottant dans le vide intersidéral-ral-ral.

Lors de l’atelier, il est ressorti que c’était peut-être pour cela que j’étais en Haïti. Après tout, je n’ai rien d’autre à me soucier que de planter des arbres et… et puis c’est tout. J’ai un toit sur la tête, de quoi manger. Pourquoi ne pas mettre ces prochains mois à profit pour devenir une artiste ? Remplir ce vide douloureux.

J’ai bien plombé l’ambiance là, hein ? Et oui, c’est aussi ça, ma vie. Et cela va changer en 2020.

Ou pas. Je ne vois pas quoi, ni comment.

Le vide.

(Et non, quand j’écris, je ne crée pas, je raconte ce qui est, façon parlé, pas façon stylistique ou poésie en prose ou que sais-je. Je parle ce qui est. Pas de création.)

(Et sinon, l’atelier était génial !!!)

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